Les enjeux numériques d'aujourd'hui : la couleur

Intrinsèquement, la couleur est créée par le couple œil-cerveau, ce qui rend sa mesure très complexe. En outre, le moniteur (l’écran), le scanner ou l’imprimante, étant de conceptions différentes, n'interprètent pas les couleurs de la même façon.
Synthèse additive = RVB (Rouge, Vert, Bleu)Synthèse soustractive = CMJ (Cyan, Magenta, Jaune)
Synthèse additive Synthèse soustractive
Reconstitution des couleurs en télévision ou sur les écrans ordinateurs.Ce principe est essentiellement utilisé pour l'impression des couleurs
La colorimétrie permet de qualifier d'une manière scientifique et rigoureuse la perception des couleurs. Le modèle de couleur L*a*b a été créé comme un modèle absolu, indépendant du matériel, utilisable comme référence théorique. C'est le langage utilisé par des appareils de mesures tel que le spectrophotomètre. Il caractérise la couleur en prenant en compte plusieurs paramètres :
  • un paramètre d'intensité correspondant à la luminance (la luminance est l'intensité d'une source dans une direction donnée).
  • deux paramètres de chrominance qui décrivent la couleur.
L’informatique permet de proposer des solutions mathématiques aux problèmes récurrents des couleurs, grâce à la calibration. _ L'ICC (International Color Consortium) a crée le format ICC profile, une "carte d'identité" colorimétrique qui permet d'appliquer une correction à appliquer à chaque valeur pour que celle-ci soit correctement restituée. _ Il existe des référentiels pour les différents appareils de saisie (appareil photo, scanner) et de restitution (écran, projecteur, imprimante, presse…). Grâce au protocole d’acquisition couleur mis en place lors des numérisation en très haute définition, il est possible d’effectuer des « mesures mathématiques » des couleurs. Quel usage pour la conservation ? La collaboration avec un maître de conférence de l’université de St Etienne, spécialiste de la colorimétrie et du « color management », Philippe Colantoni (http://www.couleur.org/) a été sur ce point décisive. Grâce à la réalisation d’un logiciel de visualisation « sur mesure », il est désormais possible de visualiser les données sur la couleur et de fournir une représentation objective de ce qui demeurait de l’ordre de la sensation subjective. Il est ainsi possible d’établir une « carte d’identité » colorimétrique du tableau (coordonnées L*a*b* des couleurs) qui peut permettre des comparaisons à distance. Le cas de La Chambre à Arles de Van Gogh est particulièrement intéressant puisque le peintre en réalise trois versions sensiblement différentes du même sujet. L’exemple des trois versions de la Chambre à Arles :
Chambre à Arles, Amsterdam Chambre à Arles, Chicago Chambre à Arles, Paris
1888, 71,6 × 91.3 cm
Musée van Gogh, Amsterdam
1889, 73,6 × 92,3 cm
Art Institute of Chicago, Chicago
septembre 1889, 56,5 x 74 cm
Musée d'Orsay, Paris
Etude de la version du musée d’Orsay : histogrammes des couleurs déployé sur les axes L*a*b et déployé sur les axes a et b
Histogramme déployé sur L*a*b Histogramme déployé sur a*b
Le nuage de couleur en 3D, sur les axes L*a*b, permet quant à lui de mettre en évidence le degré de luminance d’une teinte
Histogramme déployé sur L*a*b Histogramme déployé sur a*b
Enfin, grâce à la précision de l’acquisition de la couleur, il est désormais possible d’effectuer sur l’image une « segmentation des couleurs », c’est-à-dire de visualiser les zones où une même teinte a été utilisée. Segmentation couleur sur la chambre à Arles parisienne Cette mise en évidence des informations sur la couleur permet de rendre plus « lisible » le travail de l’artiste pour le conservateur ou le restaurateur. Dans ce cas précis, l’ordre des « touches » de couleur apparaît clairement. Détails craquelures sur la chambre à Arles parisienne Pour le restaurateur, la mise en évidence du réseau des craquelures peut également lui apporter de précieuses informations sur l’état de la matière picturale. Aller plus loin dans la visualisation de la matière ? La numérisation en 3D du tableau, effectuée en partenariat avec l’entreprise Breuckmann, a permis d’apporter des informations supplémentaires sur le tableau, en donnant une mesure précise de l’épaisseur des empâtements. Visualisation des données 3DMise en évidence de la profondeur de l’information en pseudo-couleur L’étape suivante consiste à « fusionner » les informations de la très haute définition avec celles fournies par la numérisation en trois dimensions.